Encyclopénis

Un recueil de témoignages concernant le pénis.
Car décidément, il n'y a pas que la taille qui compte.

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May 22
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Anonyme, 19 ans

C’était l’été du déménagement, celui de mes quatre ans. En attendant d’être installés complètement dans la maison neuve, ma sœur et moi devions partager la même chambre. Il faisait chaud. Ma mère nous obligeait encore à faire des siestes. Devant la fenêtre, elle tendait un drap clair qui laissait passer la lumière des après-midis. Nous ne dormions pas. Nous jouions avec mon pénis, nous racontions des histoires d’animaux que j’ai oubliées. C’était excitant.

À ce moment-là, le sexe était encore un interdit amusant. Il a été rendu honteux seulement dans les années qui ont suivi, par la culture catholique dans laquelle nous avons été éduqués. Je me souviens qu’un jour, ma sœur s’était endormie. Je parlais à mon pénis en lui donnant des conseils. J’imaginais que plus tard, il devrait passer un concours, qu’il serait un animal dans un cirque.

J’ai un souvenir dans la cour de récréation. Avant d’entrer en classe, un matin, j’ai découvert que je pouvais me caresser en mettant ma main dans ma poche. Il n’y avait qu’un short avec lequel c’était possible. C’est devenu mon préféré. C’était un printemps, j’avais quatre ou cinq ans.

Toujours au même âge, je me souviens que j’avais l’habitude de prendre mon bain avec ma sœur. Je lui demandais de toucher mon pénis. Quand elle faisait ça, elle avait un sourire bizarre. Elle tirait le langue et la mordait en même temps. On jouait aussi au docteur.

Une de mes cousines, plus âgée que moi et qui était assez proche de nous à cette époque, m’a raconté que mes parents nous ont tous les deux rendus pudiques le jour où ils ont découvert ces jeux. Comme je n’ai jamais vu mes parents nus, sauf mon père une fois, en ouvrant la porte de la salle de bain alors qu’il dormait dans la baignoire, j’ai cru que la pudeur était synonyme de maturité, de sérieux et donc d’intelligence, que c’était un droit qu’on n’accordait qu’à partir d’un certain âge. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai compris que ça participait d’une entreprise de culpabilisation du plaisir et de la liberté des corps. Je ne suis pas encore parvenu à m’en libérer totalement.

Nous avions un grand jardin où j’aimais faire du vélo. Un jour, j’ai roulé pénis à l’air. J’ai eu le temps de tourner une fois autour des deux vieux pommiers avant qu’il se coince dans ma braguette. Je me suis arrêté tout de suite, ça faisait très mal tout en étant excitant. Et là, je me souviens des yeux de ma mère qui m’avait aperçu depuis la fenêtre de la cuisine. Regard sévère qui à septante mètre de distance délivrait un message d’autant plus clair : c’était mal. J’avais cinq ou six ans.

A la maison, il y avait des revues Wakou et Wapiti, pour faire découvrir la nature aux enfants. Je m’étais pris de passion pour les escargots. Par contre, je n’aimais pas les limaces. Mais elles m’excitaient. Au fond du jardin, je retournais les pierres pour les toucher. Un jour, j’en ai posé une sur mon pénis. J’ai eu une sorte de décharge électrique, presque douloureuse, qui est remontée comme une vague de dégoût jusqu’à ma gorge. Je n’ai pas recommencé.

Plus tard, vers sept ans, j’ai eu des expériences avec un copain. Il était venu à la maison et nous avions monté mon tipi dans le hall d’entrée. Là, bien cachés, nous nous étions exhibés mutuellement, quelques instants dans mon souvenir. Peu de temps après, nous avons recommencé, près des urinoirs dans la cour de récréation, à l’abri des regards. J’avais dit à mon meilleur ami, pourvoyeur de Milky Way mais qui avait redoublé, que j’avais des trucs de grand à faire et que je ne pourrais pas rester avec lui pendant la récréation. Et puis, pendant une semaine, mon copain et moi nous exhibions sans arrêt sous le banc, en classe. Il était assis à ma droite. Parfois, il avait une érection. Il m’a expliqué que sa « quette » était comme ça « quand elle était gênée ». Ça s’est arrêté un vendredi parce que la fille dont j’étais amoureux nous avais vus. J’avais eu peur qu’elle pense du mal de moi à cause de ça.

J’ai eu des expériences similaires avec deux autres garçons, qui n’ont jamais duré longtemps. À partir de cette époque, j’ai eu l’impression d’avoir une érection perpétuelle. À chaque fois que j’y pensais, j’étais excité. Ce que je lisais dans les livres d’éducation sexuelle de la bibliothèque m’inquiétait : plus tard, mon pénis grandirait. J’en avais déduit que tout le monde aurait connaissance de mes érections ininterrompues.

C’est au mois d’avril 1997 que j’ai eu mon premier orgasme. À la visite médicale, l’infirmière avait touché mon pénis et elle m’avait demandé si ma maman m’avait dit que j’avais été opéré quand j’étais petit. Je n’avais pas su cacher mon érection. Au soir, j’ai découvert comment me masturber. Longtemps, j’ai cru que j’avais inventé quelque chose. J’avais même  trouvé un nom à masturbation, qui m’apparaît totalement ridicule aujourd’hui : le gratte-bittage.

Je me masturbais dans beaucoup d’endroits. Tout en ayant une tendance exhibitionniste, je ne me suis jamais fait surprendre. J’aimais aller à vélo dans la nature ou me coller à la fenêtre qui donnait sur la rue en baissant mon pantalon. Un jour, j’ai montré mon pénis à la poupée de ma petite sœur.

Je me souviens de quand je me masturbais en prenant mon bain. Je faisais attention à ne pas faire de bruit, j’évitais absolument tout clapotis dans l’eau. Le mouvement  régulier de ma main dessinait de petites montagnes sur l’eau, le long du bord droit de la baignoire. Lorsque j’ai eu des cours de physique sur les mouvements cycliques, je me suis tout de suite rappelé cette fonction sinusoïdale qui partait de mon sexe pour s’éteindre à hauteur de mes pieds.

Quand je restais trop longtemps dans la salle de bain, mon père me disait de ne pas faire des « choses mauvaises » (il ne me parlait pas en français).
Avec le temps, j’étais devenu fier de pouvoir être en érection dès que j’y pensais : je disais que je le faisais sur commande. Lors d’une colonie, au fond du dortoir sombre, j’ai montré mon pénis à un garçon qui ne me croyait pas. Je bandais fort car ça m’excitait beaucoup.

À douze ans, j’ai pris l’habitude de me masturber avec un gel-douche à la mûre, au dos duquel on pouvait lire que « les femmes connaissaient depuis des temps immémoriaux les propriétés adoucissantes de ce fruit dont elles s’enduisaient le corps ». En Belgique, les écoles sont fermées le mercredi après-midi. J’en profitais chaque semaine, assis sur la toilette de la salle de bain. Un jour, après avoir joui, j’ai senti quelque chose de bizarre au niveau de mes testicules. La semaine suivante, une petite goutte de liquide blanc est apparu au-dessus de mon pénis quand j’ai eu fini de me masturber. J’ai cru que c’était le gel douche qui avait traversé ma peau, j’ai eu peur. Et puis j’ai compris que j’avais eu ma première éjaculation.

Quelques mois plus tard, j’ai essayé à plusieurs reprises d’introduire dans mon urètre un coton-tige ou de l’eau à l’aide d’une seringue. J’ai attrapé une infection. Je n’ai jamais osé avouer à mon médecin d’où ça venait.

Avec l’adolescence sont apparues sur la corolle de mon gland ce qu’on appelle des papules perlées. Grâce à Internet, j’ai vite été rassuré et ça n’a jamais posé de problème, ni à moi, ni à mes partenaires sexuelles, qui ne sont d’ailleurs pas nombreuses à ce jour. Je me suis aussi rendu compte que mon prépuce était trop court. Mon pénis est décalotté en permanence et la peau de mon gland, à force de frotter contre le tissu de mes slips, est devenue moins lisse que celle d’autres garçons.

Je ne sais pas si mon pénis a jamais porté un nom. En revanche, j’en ai donné un à mon inconscient. Je crois me souvenir qu’une fille avec laquelle je suis sorti s’était amusée à le baptiser, mais ça n’avait pas duré longtemps car ça me gênait que je ne puisse pas faire la même chose avec son vagin ou son clitoris. Je suis pour l’égalité des sexes. :-)

Je ne prends pas spécialement soin de mon pénis. Je le lave soigneusement pour éviter à mes partenaires d’être dégoûtées par une odeur peu amène. J’ai pris l’habitude de raccourcir mes poils pubiens pour éviter qu’ils se coincent dans un repli de peau quelconque lorsque je cours ou que je marche, car c’est assez douloureux.

À force de masturbation, mon excitation permanente s’est tarie. C’est en voyant jouir des filles que je me suis souvenu que mes orgasmes, quand j’étais enfant, m’empêchaient aussi de garder les paupières ouvertes, révulsaient mes yeux et me faisaient pratiquement perdre conscience.

Aujourd’hui, mes orgasmes ne sont plus vraiment un plaisir en soi, mais plus une sorte de soulagement. Le contact physique à proprement parler, la chaleur du corps d’un autre être humain, la conscience de son sang qui coule à quelques millimètres du mien, le bruit de sa respiration, l’odeur de sa peau, le goût de ses sécrétions, tout ça m’apporte infiniment plus de bien-être que l’orgasme en soi. Je saurais peut-être vivre sans qu’on touche jamais mon pénis, mais pas sans jamais toucher quelqu’un.

Je ne crois pas qu’il faille obligatoirement un pénis pour faire un homme. Il faut obligatoirement un regard, un projet qui différencie, pour faire un homme. Et je ne pense pas qu’il faille des hommes.