Olivier et sa relation bizarre
J’ai toujours eu une relation bizarre avec mon pénis. Tantôt je l’aime, tantôt je le trouve nul et sans intérêt.
Quand j’étais petit, on ne parlait pas de pénis à la maison. On ne m’a jamais beaucoup expliqué ce que c’était ni à quoi cela servait. On n’en parlait pas, parce qu’on ne parle pas de ces choses là, parce que c’est sale.
Puis j’ai grandi et arrivé au début de l’adolescence, alors que nous allions encore dans des vestiaires communs avec l’école, les moqueries ont commencé. Les “caïds” de la classe s’amusaient à piquer les vêtements ou les serviettes, à te mettre à la porte du vestiaire tout nu, à montrer du doigt ton petit pénis…
J’ai eu mon tour bien évidemment. Si la plupart de leur “victime” ne s’en sont pas fait outre mesure, il semblerait que cela m’ait marqué plus que je ne le pensais.
J’étais persuadé que j’avais un petit pénis (qui a pourtant une taille tout à fait normale (13~15 cm en érection)) et pendant 15 ans (au moins), je me suis dénigré jour et nuit, me pensant tout à fait sans intérêt, tout ça parce que je me disais sans cesse que j’étais une petite bite (j’ai d’ailleurs horreur de ce mot).
Mes parents n’ont jamais rien vu. Ils n’ont jamais rien remarqué. Il faut dire aussi que je n’ai jamais rien dit, je n’en ai jamais parlé (jusqu’il y a peu).
Je n’aurai pas osé leur en parler à l’époque, c’est dommage, dans un sens. Avec le recul, on se dit (moi et ma maman) que si cela avait été désamorcé en temps et en heure, ça aurait probablement changé tant de choses de ma vie… mais… c’est ainsi.
N’empêche, à cause de ce fait insignifiant, à cause du fait qu’on en parlait pas, à cause de ce manque de communication, à cause de cette société dans laquelle on doit toujours être si performant, à tout point de vue, pendant des années je n’aimais pas / osais pas me mettre en maillot de bain, je n’allais pas à la piscine avec mes amis de peur de leur remarques, je n’aimais pas qu’on me voit en slip… J’ai même supporté un prépuce serré pendant des années. A 24 ans (j’en ai 28 maintenant), j’ai osé en parler avec une connaissance (même pas mes propres parents qui ne l’ont su qu’un an plus tard…) qui m’a orientée vers un urologue et j’ai fini par être circoncis, tout seul (sans que personne ne le sache).
Il y a quelques mois, j’ai osé en parler. J’ai osé dire à ma maman que j’avais toujours eu peur qu’elle me surprenne avec une érection le matin en venant me réveiller, qu’elle me surprenne avec une érection dans la salle de bain ou n’importe quand / où ailleurs, que je n’ai jamais osé lui parler de masturbation, que j’ai d’ailleurs toujours eu honte de le faire, toujours eu peur d’être surpris, toujours eu peur de ce pénis que j’avais, toujours eu peur parce que c’était pas bien/sale.
Je lui ai dit tout ça. Elle s’en est voulue d’être passée à côté de tant de choses, de ne s’être rendu compte de rien. Elle en a voulu à mon père aussi, qui ne s’est jamais occupé de ces questions-là.
Soit. C’est du passé maintenant. Aujourd’hui, je le regarde dans le miroir et je le trouve beau. Je l’aime. Après tout, c’est pas un truc à part, c’est moi, il fait parti de moi, de mon corps.
Ce n’est pas que lui que je dois aimer, mais tout mon corps. Et j’apprends. Y a bien des moments de doutes, mais j’apprends.