Anonyme
Je crois avoir fini l’acceptation de mon corps dans toute son intimité assez tard. N’ayant pas participé dans ma jeunesse à des sports où les douches
communes faisaient partie du rituel social, je n’ai pas eu l’occasion
de comparer mon corps nu avec le reste du genre masculin. Il s’agit d’une
évidence, mais il est difficile d’assumer son corps sans se mesurer à
la réalité des autres corps - que des images télévisées ou des photographies ne remplacent pas.
Chez moi, ce processus s’est donc produit aux alentours de mes 23 ans. Cela n’avait pas été un souci avec mes conquêtes précédentes, mais il y a toujours cette question de savoir où on se place - question qui reste et qui cause une certaine introversion.
La libération est arrivée lors d’un stage au Japon pendant mes études. J’étais
logé à l’hôtel et celui-ci disposait, au dernier étage, de bains publics qui sont courants dans la culture japonaise.
Je ne sais pas où j’avais trouvé le courage de monter dans cet ascenseur
en peignoir pour atteindre les bains et m’y dénuder ; le côté expérience dans un pays inconnu a sûrement joué. Je me retrouve à tomber le peignoir sous les regards d’yeux bridés et à me sentir bien, nu, dans un jacuzzi où mon côté étranger a fait que j’y suis resté seul. Si les regards se sont posés sur moi et ma tête de gaijin, cela a évidemment été réciproque. Je me suis très bien rendu compte que mon pénis n’avait rien à envier aux standards japonais et que je n’avais aucune raison de cacher ce que la nature m’avait donné, les limites n’étaient plus fixées que par ma morale propre.
En tout cas, ce premier pas réussi me fera réitérer l’expérience des bains japonais et même avec des occidentaux. Plus récemment, j’ai pu me prélasser, sans me poser de questions, dans des saunas néerlandais mixtes, où la serviette sert juste a éviter de se brûler les fesses sur les lattes en bois. De façon plus générale, cela a renforcé mon côté narcissique.
Pour en revenir à mon hôtel japonais, il y a clairement quelque chose
qui s’est libéré en moi ce jour-là. Ce n’est pas uniquement le fait de me
comparer aux autres, mais aussi (et surtout) cette mise à nu dans un endroit pseudo-public, laisser son corps être visible dans toute son intimité. Ma timidité corporelle n’a plus jamais été la même, sans être atteint
d’exhibitionnisme.
Sur le chemin du retour dans ma chambre d’hôtel, j’ai acheté une carte pour avoir accès aux chaînes pornographiques. Ma première masturbation sur des gros pixels cachant les zones pubiennes des acteurs : je continuais dans la découverte de la culture nippone. On ne se refait pas.