J’ai toujours été précoce comme garçon. Mais jusque-là j’en tirais une certaine fierté. A dix ans à peine j’étais le premier parmi mes amis à voir mon sexe s’allonger de façon importante et devenir touffu; sans compter ma voix qui elle aussi devint grave très tôt. Ces nouvelles je les partageais naturellement avec mes amis de l’époque; le papotage étant inhérent à notre jeune âge, la nouvelle se répandait vite et durant tout le collège j’étais fier que chacun -garçon ou fille- sache que J. a un grand sexe.
Jusque là donc je pouvais compter sur lui. J’avais un sexe imposant. Lors de mes fréquentes masturbations, mon éjaculation n’était pas du genre précipitée. J’étais confiant, tout allait pour le mieux.
Malgré des habitudes de séducteur et de nombreuses conquêtes j’ai du attendre l’année de terminale pour me retrouver dans un lit avec une fille prête à s’offrir à moi. En parfait néophyte, j’ai foncé. Cela a duré trente secondes, avant que l’éjaculation ne survienne. J’étais stressé, je ne savais pas quoi faire. Et puis j’avais peur pour mon image. Ma copine de l’époque était attachée au paraître plus qu’il ne le fallait et je savais qu’elle s’empresserait d’en parler à qui voulait bien l’entendre. J’ai tenu six minutes avant que mon érection ne me trahisse en tirant sa révérence. Bien obligé de m’arrêter j’ai lancé un timide “Je crois que j’ai fini”. Essayant à peine d’être discrète ma douce s’est tourné vers mon réveil pour voir combien de temps avait duré l’exploit.
J’ai beaucoup entendu parler de ces six minutes après ça. Il paraît que ça n’est souvent pas brillant la première fois. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres mais ma première fois n’était effectivement pas très réussie, celles qui ont suivies n’ont pas été franchement meilleures.
Je n’ai jamais couché qu’avec cette fille-là. Elle m’a trompé plusieurs fois, du fait qu’elle n’était -de son propre aveu- pas satisfaite. J’ai eu beau m’illustrer par d’autres moyens -y compris sexuels-, la précocité demeurait dans son esprit et le mien. J’ai fait des efforts importants pour résoudre la chose. J’ai consulté une sexologue, je me suis renseigné, j’ai lu. Il y a eu quelques tentatives, quelques espoirs mais rien de concluants. Puis elle m’a quitté.
Et le problème persiste. Quand j’étais avec elle j’abordais le problème la tête haute, avec un moral d’acier (ou presque) et un seul but: devenir meilleur au lit. Aujourd’hui qu’elle n’est plus là, un autre problème s’impose à moi: trouver une fille qui m’acceptera comme tel et voudra bien m’aider à régler la chose. Mais comment aborder, comment séduire, être confiant quand on sait qu’il y a ça et qu’un jour je devrait lui dire. Je me sens parfois comme un menteur qui promet d’ineffables plaisir et qui devra un jour avouer qu’il ne peut les offrir. Je séduis alors des filles dont je me sens supérieur, de plus jeunes que moi, de moins intelligentes, moins intéressantes. Tout cela pour éviter de voir la honte poindre à l’horizon, lorsque nous serons au lit tous les deux pour la première fois et que je devrais lui dire “Ecoute, il faut que je te dise, j’ai un problème dont je dois te parler maintenant: je suis précoce”.
Car oui c’est bien de la honte. Ce sont la honte et la peur qui m’empêchent d’appeler cette fille à qui j’ai demandé son numéro dans la rue. C’est bien la honte et la peur, ou bien la peur de la honte qui me retient de dire à ces filles qui ont mon âge, que je croise à l’université à quelle point je les trouve belles, à quel point je les désire. Je suis jeune, fou, impudique, hédoniste, j’ai du culot, je suis un séducteur dans l’âme… Mais je suis précoce. Et ça gâche tout.